
En 1868, le vélo fait son apparition en Europe.
A l'époque , il était impensable de voir les femmes monter à bicyclette ou , pire encore, de les voir se lancer dans la compétition .
Mais, les courses de dames finirent par être appréciées du grand public qui curieux, accourait en foule pour les admirer.
La première course féminine dont on ait gardé le souvenir eut lieu le 1er novembre 1868 à Bordeaux.
Le parcours était court , 500m , mais l'événement suscité un attrait grandissant
A l'attrait de la compétition s'ajoutait la curiosité de contempler la tenue des quatre héroïnes en lice, qui pour la circonstance se présentèrent dans des accoutrements hauts en couleur.
Avec ce début prometteur, le cyclisme féminin continua sur sa lancée et un an plus tard, on vit cinq femmes prendre le départ pour la course "Paris Rouen".

Le 3 mars 2001, la " commission Sport au Féminin " a été mise en place.
C'est une instance consultative qui émet des propositions pour améliorer la pratique du cyclisme féminin et contribuer à son développement.
La composition reflète la réalité du cyclisme féminin et tous les acteurs qui oeuvrent dans ce secteur, compétitrices en activité ou anciennes athlètes, cadres techniques, commissaires, organisateurs, speakers, chargés de communication y sont représentés.
De cette diversité naissent des échangent et des réflexions qui permettent de couvrir l'intégralité des problèmes rencontrés sur le terrain et d'envisager une évolution en adéquation avec les évolutions nationales et internationales.

Pour les femmes, la bicyclette continuait d'être une sorte de fruit défendu dans ce premier quart du xxe siècle.
Dans le livre , " Le Cyclisme " édité par Pierre Lafitte & Cie en 1912, le Dr. Francis Hecker de la vélocipédie féminine , exposait les avantages que pouvait apporter à une femme la pratique du cyclisme, à condition, évidemment, qu'elle prît certaines précautions.
« À de rares exceptions près, les femmes doivent rouler à vitesse modérée et ne jamais faire une promenade qui excède la durée d'une heure sans un repos de dix minutes. L'entraînement de la femme à bicyclette devra être à la fois particulièrement attentif et très progressif ».
« La pratique de la bicyclette à dose modérée présente chez les femmes de nombreux autres avantages » - comme la diminution de l'embonpoint, par exemple, et surtout, « avec elle, elles combattent de manière particulièrement efficace leur légendaire constipation. Cette action spéciale se produit par un véritable massage de l'intestin, comprimé par la ceinture musculaire que forment les muscles de la partie avant de l'abdomen et la partie plus profonde constituée des deux psoas ».
Heureusement, les femmes pratiquèrent le cyclisme pour d'autres raisons que celle de résoudre leur constipation.
En ce temps-là, le cyclisme féminin demeurait clairement minoritaire.
Nous savons qu'en 1922 furent organisées en France quelques épreuves comme celle de la firme Peugeot, à laquelle participèrent 34 cyclistes féminines.
Nous savons aussi qu'il y eut en 1923 à Paris diverses courses réservées aux femmes.
Grâce aux reportages sur ces épreuves, nous apprenons que les cyclistes d'alors étaient munies de bicyclettes de ville, presque toutes avec des guidons plats.
Les vêtements que ces femmes portaient ne les aidaient pas non plus : le maillot leur était interdit et elles ne pouvaient montrer ni leurs genoux ni leurs mollets.
Suite à la victoire de Melle Cousin à St Cyr le 2 Septembre 1923 , Le Miroir des Sports écrivait: « La démonstration est faite et bien faite que la femme peut faire des efforts efficaces et prolongés. Mais il était difficile de croire qu'elle puisse les faire de manière aussi brillante. Mais maintenant nous demandons pour les cyclistes l'adoption d'un costume pour les courses, c'est nécessaire ».
N'ayant pas de vêtement adapté, les femmes faisaient la course vêtues de pantalons longs et d'un maillot à manches longues, coiffées parfois de casquettes et de bérets avec lesquels elles se protégeaient les cheveux.
Cette mode changea en 1925, sous les effets conjugués de la boue et du cyclo-cross.
Le 14 février 1925, les cinq participantes à l'épreuve de Bellevue reçurent enfin l'autorisation de porter un maillot de cycliste et des pantalons courts.
En 1926 vint le temps d'une autre championne: Éliane Robin.
Grâce à ses nombreuses victoires (parmi lesquelles le Championnat de vitesse de Paris et le Championnat de France sur route, qui se tinrent tous deux en 1926), elle dynamisa le développement du cyclisme français, lequel vit la création - éphémère -, en 1927, de la première Fédération Nationale de Cyclisme féminin en Europe.

Antisportif et antinaturel , ainsi qualifiait-on en 1896 , le cyclisme féminin.
Heureusement, à mesure que les femmes firent la conquête de leur liberté, elles progressèrent également dans leur avancée comme cyclistes.
En 1927 se créa la Fédération Française de Cyclisme Féminin, une entité qui n'était guère, cependant, qu'un symbole, et que mirent à bas les envies et les dissensions au bout de seulement deux années.
A cette époque et jusqu'en 1934, le cyclisme féminin en France avait un nom : Éliane Robin, championne de France de fond à six occasions et huit fois championne de France de vitesse.
Elle avait remporté ces titres sur la piste en terre du vélodrome de Tremblay, car, la plupart du temps, l'Union Vélocipédique Française interdisait aux femmes l'usage des vélodromes.
En ce temps-là se distinguèrent d'autres cyclistes comme Armouet ou Francine Even et Louise Mottequin, lesquelles, tout en participant aux compétitions, se chargeaient de la direction de leurs clubs respectifs et enseignaient le cyclisme aux plus jeunes.
On constatait également que le cyclisme féminin atteignait un bon niveau dans certains pays comme la Belgique et la Hollande, qui comptaient alors un bon nombre de pratiquantes.
C'est ainsi qu'en 1929 furent organisées 65 courses féminines sur route à Anvers et en Flandres.
Bien plus, dès les années trente, il existait au moins trois vélodromes belges presque entièrement consacrés aux courses féminines, effectuées en amateur comme en professionnel, sous le patronage de différentes marques.
Le championnat du Monde qui se tenait à Bruxelles le 16 septembre 1934 fut l'occasion de la parution dans le mensuel " Le vélo " de l'un des rares articles de l'époque consacrés au cyclisme féminin. « Elvire De Bruyn, championne de Belgique, d'Europe et du monde en 1933, a gagné. C'est une athlète formidable, mieux formée que de nombreux hommes de poids. La rumeur prétend que, si elle n'est pas un homme, elle n'est pas non plus une femme, ce qui expliquerait beaucoup de choses [...] ». Plus tard, Elvire De Bruyn changea en effet de sexe et prit une épouse, ce qui, sans aucun doute, apportait de l'eau au moulin des détracteurs du cyclisme féminin.
Celui-ci était d'ailleurs presque totalement absent des médias, à l'exception des journaux français Cyclo-Sport et, dans une moindre mesure, L'Echo des Sports, lequel, le 6 juin 1935, publia une annonce qui reflétait bien la situation du cyclisme féminin à l'époque : « Le Comité cycliste féminin de Paris informe ses membres actifs que le cyclo-Club Féminin n'existe plus. Ainsi, les membres qui assisteront à ses départs seront pénalisés et même suspendus ».
En 1936, l'ancien cycliste Paul Duverneuil mit sur pied la Fédération Cyclo-Féminine Française (FCFF) qui, à partir de 1937, se chargea de promouvoir le cyclisme non seulement en France, mais aussi chez les cyclistes d'Afrique du Nord.
Cette même année vit une autre innovation importante, car le Championnat de France devait désormais se disputer à travers différentes épreuves.
Dès 1938, la Ligue Féminine Cycliste Française, fondée par Simon Préfol, vint faire de la concurrence à la FCFF, laquelle affirma dans un communiqué du 7 avril qu'elle était la seule reconnue par le gouvernement.
Les meilleures cyclistes se répartirent donc entre les deux entités.
En 1940, avec l'occupation du pays par les troupes allemandes, le cyclisme féminin disparut presque complètement du paysage français; La Seconde Guerre mondiale paralysa également le reste du cyclisme féminin en Europe, même si subsistèrent des noyaux d'activité en Angleterre et, de manière surprenante, en URSS, malgré la dévastation qu'avait subie ce pays.
Parallèlement, comme il n'y eut entre 1942 et 1944 que très peu de courses féminines, plusieurs salles de variétés parisiennes organisèrent des épreuves sur home-trainer. La compétition leur étant interdite, les femmes cyclistes n'eurent d'autre choix que, de se tourner vers le cyclotourisme et vers les épreuves réservées aux« cyclosportifs », essentiellement dans la catégorie des tandems mixtes.
Après la Libération, les activités cyclistes féminines se centrèrent sur le cyclotourisme et les épreuves cyclosportives comme la Montée Cyclotouriste du Puy-de-Dôme ou le Critérium Cyclotechnique Duralumin dans les Vosges, en quatre étapes.
Pendant ce temps, dans les autres pays, le cyclisme féminin sortait peu à peu de la période de guerre.

A la fin des années quarante, le cyclisme féminin de France, de Belgique et de Hollande vit fleurir un certain nombre de courses sur route et sur piste, particulièrement animées dans le cas de la France.
Là , se distingua spécialement une cycliste nommée Jeannine Lemaire, qui remporta notamment le Prix Octave Lapize, le Prix Léo Wasse, le Prix de la SNECMA, le Prix Duverneuil, le Championnat de Paris, et la course Paris-Gisors.
En même temps que les épreuves sur route se multipliaient les compétitions sur home-trainer et sur piste.
Dans cette dernière discipline brilla particulièrement Élyane Bonneau, qui, en octobre, fut la première femme à rouler au-dessus des 38 km/h, exactement à 38,140 km/ho
L'une des catégories dans lesquelles pouvaient concourir les femmes était celle du cyclosport, que dominait Lily Herse, qui remporta plusieurs épreuves de tandems mixtes, comme au Polymultiplié de Chanteloup, ou aux Boucles de la Seine (280 kilomètres).
À la fin de 1949 et au début de 1950, treize finalistes de la Fédération Française de Cyclisme (FFC) et une cycliste belge signèrent un contrat - peu rémunérateur - pour courir six mois aux États-Unis et au Canada.
Malgré la garantie des 25 dollars qu'on leur offrait pour chacune des courses auxquelles elles participeraient, elles ne virent jamais, en réalité, la plus petite partie de cet argent.
Une fois de l'autre côté de l'Atlantique, elles débutèrent aux Dix-huit Jours de Montréal, qui eurent lieu du 5 au 22 novembre.
La course était constituée de multiples épreuves qui se tenaient chaque jour et auxquelles participaient des équipes mixtes formées de deux hommes et de deux femmes.
Les vainqueurs furent les Red Devils, une équipe composée par Alfred Letourneur, René Cyr, Lucette Lauck et Francine Bettuzzi.
Heureusement, en 1950, la Fédération Française de Cyclisme (FFC) commença à prendre plus au sérieux la compétition féminine et organisa plus de courses
En 1951, la FFC se décida à organiser son premier Championnat de France féminin sur route.
Celui-ci eut lieu à Nantes, pour rendre hommage à la trajectoire d'un club historique, le Guidon Féminin Nantais, fondé en 1946 par Mme Esnault.
Le premier maillot tricolore fut porté par Lucienne Benoît, qui passa l'arrivée devant la Lyonnaise Rodet et la grande favorite, Jeannine Lemaire, avec 52 secondes d'avance.
Après la course, le président de la FFC déclara: " Pourquoi nous, les cyclistes, ne devrions-nous pas accepter au sein de notre grande famille les femmes, qui apporteront la grâce et qui, en même temps, seront les meilleures ambassadrices du cyclisme auprès de notre jeunesse française ? "
Quelque chose commençait à changer dans le cyclisme féminin français, le plus avancé d'Europe: il y avait plus de courses, plus de cyclistes, plus de qualité dans les épreuves, et cela devait durer jusqu'en 1955, moment où les choses se mirent aussi à progresser au niveau du cyclisme international.
En France, on parla de la possibilité de créer un Tour de France féminin, tandis que les cyclistes britanniques et soviétiques réclamaient de leur côté un Championnat du Monde féminin, ce qui faisait trembler sur ses fondations tout le cyclisme de l'époque commença à prendre plus au sérieux la compétition féminine et organisa plus de courses, veillant désormais au déroulement correct de celles-ci.

Le 3 mars 1954, la revue française Route et Piste annonça à grand bruit la création du Tour de France féminin, provoquant une vraie réaction d'euphorie dans le cyclisme français.
« Le sport cycliste féminin se développe de plus en plus en France. Il n'attend alors plus, pour prendre son plein essor, que l'organisation d'une grande course» pouvait-on lire dans ce journal, qui expliquait que l'épreuve allait se dérouler au mois d'août, sur huit étapes de 120 à 140 kilomètres, avec au milieu un jour de repos.
Concernant la participation, il était prévu qu'y prendraient part des équipes nationales et régionales.
Par la suite, malheureusement, ce joli projet tomba dans le silence, et l'on n'en reparla plus de toute l'année.
En 1955, la saison cycliste se déroula comme de coutume, avec un certain nombre de courses, parmi lesquelles se distinguait le Circuit " Lyonnais-Auvergne ".
Comme cette course connut un succès notoire, Route et Piste reprit sa vieille idée d'organiser une épreuve par étapes de qualité, si le journal devait renoncer à son souhait de la baptiser du nom de « Tour de France », car les promoteurs de la course cycliste masculine du même nom s'y refusaient.
Les choses étant posées, ce premier Tour féminin se déroula exclusivement dans la région de la Normandie, du 28 septembre au 2 octobre 1955.
Quarante et une coureuses y participèrent, parmi lesquelles six Britanniques, une Luxembourgeoise (Elsy Jacobs) et une Suisse (Vonarburg).
Au sujet du parcours, il faut signaler qu'en comparaison avec ce qui se pratiquait à l'époque, les six étapes étaient très courtes, et ne totalisaient qu'une distance de 392 kilomètres.
Dans cette mesure, c'était faire la part belle aux plaisanteries des journalistes les plus critiques à l'égard du cyclisme féminin.
Toutefois, à la fin de l'épreuve, réalisée à une moyenne qui dépassait les 35 km/h, Jean Leuillot, organisateur du Paris-Nice, se chargea de répondre aux railleurs en déclarant : « Neuf sur dix des reporters et journalistes [...] qui se sont moqués de ces athlètes féminines et qui ont tenté de les tourner en ridicule seraient incapables de réaliser des moyennes semblables ».
Stimulées par le succès du Tour féminin, diverses épreuves par étapes mineures surgirent, comme le Circuit de l'Île de France, en quatre étapes.
La course vit la participation de cyclistes françaises, belges et luxembourgeoises.
Sans se décourager devant les obstacles et les attitudes rétrogrades, le cyclisme féminin continua sa route, prenant de l'importance et gagnant peu à peu quelques batailles en faveur de l'égalité, jusqu'à ce qu'en mars 1958 où une majorité donna enfin son feu vert à la tenue de Championnats du Monde féminin.
Ceux-ci eurent lieu en France, pays auquel on avait confié cette année-là l'organisation des différentes épreuves du Championnat.
Un nouveau dynamisme se propagea dans le cyclisme féminin.
Le 29 juillet, à Copenhague se tint ainsi le Grand Prix Femina, première épreuve de vitesse pour femmes de caractère véritablement international.
Un mois plus tard, le 30 août 1958, à Reims, vingt-neuf cyclistes représentant huit pays se retrouvèrent pour se disputer le premier maillot arc-en-ciel de l'histoire du cyclisme féminin.
Quant au succès que soulevèrent ces Championnats du Monde féminins chez le public parisien, il faut reconnaître qu'il fut assez faible, et même proche de l'indifférence.
Certaines voix s'élevèrent pour en réclamer la suspension, mais les Championnats furent tout de même sauvés grâce à la LVB (la Ligue Vélocipédique Belge), qui offrit de les accueillir dans son pays et les attitudes rétrogrades, le cyclisme féminin continua sa route, prenant de l'importance et gagnant peu à peu quelques batailles en faveurs de l'égalité

Source : www.too-velo.com
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